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mercredi 8 juillet 2015

Dans l’antre de l’art…

Par Leslie Picardat
Texte repris d'une première parution sur www.loeilde.fr  

Atelier Georg Baselitz / photographie Gautier Deblonde

Atelier est un recueil de photographies par Gautier Deblonde, paru aux éditions Steidl en septembre 2014.
69 des 130 photographies que compte la série depuis 2004 sont reproduites dans ce bel ouvrage : des vues panoramiques des ateliers d’artistes contemporains internationaux parmi lesquels Ai Weiwei, Anish Kapoor, David Hockney, Gerhard Richter, Jeff Koons, Wim Delvoye, Nan Goldin…

Gautier Deblonde nous décrit l’atelier comme « un lieu de va-et-vient professionnel… mais qui reste un lieu intime, cher à l’artiste. Il y a des œuvres non finies. Les artistes sont là en porte-à-faux et ne savent pas toujours où ils vont… mais ils m’ont fait confiance et m’ont donné carte blanche ».

Né à Rouen, formé à L’Institut Saint-Luc à Tournai, Gautier Deblonde s’installe comme photographe à Londres en 1991. Lié d’amitié avec les Young British Artists dès ses débuts, il noue une relation de confiance avec nombre d’artistes qui lui ouvrent leurs portes. Il mène une réflexion autour du portrait d’artiste, objet d’une première série de photographies Artists publiées par la Tate Gallery en 1999, élargie à l’espace de l’atelier qui devient sujet. D’une décennie à parcourir l’Europe, les États-Unis et l’Asie, il rapporte le témoignage des secrets de l’atelier sans que l’artiste soit présent et figure dans ses photographies. Un voyage fascinant dans l’antre de l’art en gestation.


Atelier Ai Weiwei / photographie Gautier Deblonde

« J’arrivais le matin pour observer. Je m’accaparais l’atelier. »
Au commencement ou prolongement de l’oeuvre d’art, chaque atelier est unique et identifiable. Le cadre est minimaliste chez Pierre Soulages, Ellsworth Kelly ou Richard Serra. Le contraste est parfois saisissant entre la confusion apparente de l’atelier et l’ordre défini par l’oeuvre aboutie. A voir l’atelier d’Ai Weiwei, entrepôt désaffecté, soufflé comme au passage d’une tornade, ou pénétrer dans l’univers aseptisé de Berlinde de Bruyckere – vision d’une table de boucher, amas d’objets en cire appelés à sculpter ses organes en souffrance – on sent bien que quelques combats et luttes au corps à corps sont menés dans l’atelier ; au pied d’une toile de Christian Boltanski, l’oeil se plaît à remarquer un modeste matelas défait gisant au sol. L’oeil vient ainsi à guetter dans l’atelier chaque détail qui renseigne sur une manière de travail et sur le lien intime et mystérieux de l’artiste à son oeuvre.


Atelier Christian Boltanski / photographie Gautier Deblonde


Atelier Ellsworth Kelly / photographie Gautier Deblonde

« L’atelier d’Ellsworth Kelly… immense, muséal, une peinture par mur… l’artiste ne voulait pas qu’on voit l’endroit exact où il peignait, ses brosses et ses pinceaux, les éclaboussures aux murs, alors que pour moi c’était important. J’ai pris la photo que je souhaitais après qu’il fut parti déjeuner… Je lui envoyais par la suite, en lui expliquant ma démarche… avec le risque qu’il m’envoie promener mais il l’a acceptée… j’en étais très heureux. »

De l’atelier en chantier à l’oeuvre finie, le mouvement et l’énergie créatrice sont palpables. D’un projet titanesque comme les arbres sculptés du maître de l’Arte povera, Giuseppe Penone, conçu dans son vaste atelier de Turin, aux couleurs des toiles du peintre danois Per Kirkeby qui éclaboussent et peu à peu colonisent l’espace, l’atelier renvoie l’image fascinante d’un monde de création en expansion. Ces vues d’atelier s’imposent comme une manière de portraits en profondeur tant l’identité de chaque artiste est prégnante. « Plus de cinquante personnes ont beau quotidiennement occuper son atelier, on sent qu’on est chez Jeff Koons. » D’un atelier à l’autre, sur trois continents, on se trouve en terrains conquis et marginalisés, marqués tant par l’individualité que l’universalité.


Atelier Zhang Huan / photographie Gautier Deblonde

« Comme dans une chapelle ou une église… je viens d’une famille catholique… on sent parfois dans l’atelier une vraie présence. (…) L’atelier de Zhang Huan en est un exemple que j’affectionne particulièrement, une photographie en noir et blanc, une toile au sol faite de cendres provenant de temples bouddhiques dans une lumière dorée, un lieu chargé d’histoire. »

Au-delà du document, ces images sont belles. Elles donnent à voir l’atelier comme une oeuvre vivante, un paysage qu’elles recomposent et synthétisent par l’observation sensible des formes et des jeux de lumière. Par l’attention et le silence qu’elles imposent aussi.
Un ouvrage précieux à découvrir.

Une version collector, limitée à 30 exemplaires dédicacés et numérotés, est actuellement disponible, en partenariat avec la maison Louis Vuitton. Présentée sous coffret, elle s’accompagne d’un tirage photographique de l’atelier de Takashi Murakami, 
de Richard Prince ou de Yayoi Kusama. 
(Contact : fr.louisvuitton.com / 09 77 40 40 77)

Gautier Deblonde est représenté par la galerie Cédric Bacqueville.
www.galeriebacqueville.com/


Atelier Per Kirkeby / photographie Gautier Deblonde 

Atelier Giuseppe Penone / photographie Gautier Deblonde

Atelier Richard Serra / photographie Gautier Deblonde

Atelier Annette Messager / photographie Gautier Deblonde


Atelier Berlinde de Bruyckere / photographie Gautier Deblonde

Atelier Ron Mueck / photographie Gautier Deblonde

A voir également par Gautier Deblonde : le portrait vidéo "Still Life – Ron Mueck at work" présenté à la Fondation Cartier dans le cadre de l’exposition Ron Mueck du 16 avril au 27 octobre 2013.
L’atelier en cours de Gautier Deblonde : un travail photographique et vidéo pour le Centre d’art brut de Gugging en Autriche.

www.gautierdeblonde.com/

lundi 22 juin 2015

LE BAL fête ses 5 ans. Longue vie au BAL !

Par Leslie Picardat

Mark Cohen, Bubblegum, Wilkes-Barre, 1975

Rendez-vous dans ce petit lieu d’art sensationnel et participez à son projet photo PICS UP : un jeu ludique autour de l’image, accessible à tous en quelques clics.

Amoureuse fidèle du BAL, je vous invite à découvrir ce lieu artistique convivial et pénétrant situé dans le 18e arrondissement. L’issue à l’Impasse de la Défense est entre ses murs, cachés derrière la Place Clichy, au numéro 6. Tout y est. La vue, le goût et l’esprit s’y repaissent : une librairie, un restaurant, deux salles d’exposition dédiées à l’image-document (photographie, vidéo, cinéma, nouveaux médias) où se tiennent régulièrement des conférences, conversations et débats captivants. Intimiste et resserré, l’espace est vivant, animé ; il donne à penser. On s’y sent bien. On se sent libre.


copyright : Martin Argyroglo

Comme inscrit dans une continuité d’âme, Le BAL occupe un lieu chargé d’histoires où, par le passé, on a dansé, parfois aimé, et souvent parié. A l’origine, « Chez Isis », une salle de bal, un « hôtel d’amour » au temps des années folles, devenu après la Seconde Guerre mondiale le plus grand PMU de France jusqu’en 1992, ce lieu, acquis par la Ville de Paris en 2006, rénové en 2008 par les architectes Thomas Dubuisson et Caroline Barat, se transforme en lieu d’exposition. L’espace disponible est maximisé, sobre, élégant ; des murs blancs, des lignes pures, un escalier reliant les deux salles d’exposition avec la transition d’une scénographie ingénieuse qui crée la surprise. Le BAL est né en 2010 des efforts conjugués du photographe Raymond Depardon, président de l’association des Amis de Magnum, et de sa directrice, Diane Dufour.

« Notre rêve [était] d’ouvrir à Paris un nouveau lieu dédié à l’image-document. (…) Un lieu d’exposition, de confrontation et d’interrogation des multiples approches possibles du réel, un lieu en résonance avec l’histoire en marche.» Raymond Depardon, président-fondateur

Exposition «Anticorps» d’Antoine d’Agata, du 24 janvier au 14 avril 2013

Exposition «Anticorps» d’Antoine d’Agata, du 24 janvier au 14 avril 2013

A chaque nouvelle visite, c’est une nouvelle rencontre, une plongée dans un regard, en marge du déjà-vu – Mark Cohen, Kourtney Roy, Dirk Braeckman parmi les plus récents, Mark Lewis à ne pas manquer actuellement. D’expériences nouvelles à radicales, on sort bousculé et conquis. L’exposition « Anticorps » des photographies d’Antoine d’Agata, est restée gravée dans les mémoires. Pour l’oeil et la conscience, nulle échappatoire. Tant les images fiévreuses des corps exultant que leur scénographie, saturant l’espace, rendaient l’intensité d’une expérience de 20 ans des mondes clandestins comme la prison, l’immigration et la prostitution. Un témoignage violent auquel la parole de l’artiste rendait son coeur et son urgence, jusque dans une présence physique nerveuse et troublante; une chance rare qu’offre sans discontinuer Le BAL Lab conçu comme une plateforme d’échanges et d’interviews incontournables et gratuits !

Sur cette maison souffle un esprit d’ouverture et de partage, initié par La Fabrique du Regard, plateforme pédagogique fondatrice du BAL qui, depuis septembre 2008, a mis en place un programme d’éducation pour 4000 collégiens et lycéens d’Ile-de-France. Construire son propre regard est l’objectif et l’enjeu citoyen pour une génération abreuvée d’images. Encadrés par des artistes et des professionnels, ils nous proposent de participer dès aujourd’hui à «Pics Up», lancé sur les réseaux sociaux. La règle du jeu : insérer dans le paysage une image de son choix maintenue devant l’objectif par la main. C’est un peu comme un selfie mais en moins narcissique, plus ouvert sur le monde. Des initiatives ludiques pleines de créativité qu’on adore. Pour ceux qui auraient manqué les projets participatifs d’artistes comme JR au Panthéon, appelant les portraits photomatons d’anonymes pour recouvrir le monument aux grands hommes, ou John Baldessari avec « Your name in lights » en projections lumineuses sur la façade du Palais du Quai de Conti, n’hésitez pas à franchir le pas.Les meilleures images seront exposées sur les berges de Seine du 27 au 31 mai, puis ensuite publiées par les éditions du BAL. Pour les 5 ans du BAL, je participe !


Projet «Pics up», image pour exemple à suivre sur www.pics-up.fr

Exposition en cours : Mark Lewis, « Above and Below » du 5 février au 17 mai 2015
Le BAL, 6 Impasse de la Défense - 75018 Paris (01 44 70 75 56) www.le-bal.fr

RDV sur www.pics-up.fr

vendredi 5 juin 2015

Still Life : Ron Mueck at Work, une vidéo de Gautier Deblonde

Par Leslie Picardat

Photographe et vidéaste, Gautier Deblonde signe en 2013 le portrait-vidéo de l'artiste Ron Mueck dans son atelier ; un film inédit réalisé avec le soutien de la Fondation Cartier pour l'art contemporain et présenté dans l'exposition Ron Mueck. 
Dans cet extrait à méditer, on suit le geste minutieux et précis du sculpteur qui donne corps à son oeuvre : un colosse de silicone, hyperréaliste, dont la taille équivaut l'humanité exacerbée... 





Exposition Ron Mueck à la Fondation Cartier pour l'art contemporain du 16 avril au 27 octobre 2013

Exposition Ron Mueck à la Fondation Cartier pour l'art contemporain du 16 avril au 27 octobre 2013